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Design produit et enjeux contemporains
Mylène Podvin
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Designer produit
9/5/2021

Avec un parcours riche autour de projets de mobiliers innovants et une formation solide dans plusieurs écoles emblématiques du design, Mylène Podvin, jeune designer produit nous parle de quelques projets qu'elle a pu mener. Elle relate son expérience sur l'interaction de son rôle de designer avec les fonctions clés d'une entreprise autour du développement d'un produit. Elle évoque également le pouvoir du design à travers sa capacité à mettre en forme, à rendre tangible des scénarios prospectifs, l'innovation, et sa capacité à faciliter les changements de comportement notamment en matière environnementale, tout en gardant au cœur de son processus de création, l'humain.

Bonjour Mylène, quelques-mots sur ton parcours de designer ?

Je suis diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Création Industrielle (ENSCI) dite "Les Ateliers", en ayant suivi le cursus européen qui m’a permis d’effectuer 2 années dans des universités étrangères : la première au Politecnico di Milano, et la seconde à la Glasgow School of Art où j’y ai pu découvrir des méthodes et de nouvelles approches du design, notamment autour du Design Thinking et du design de Service. J’ai également passé 6 mois au centre de recherche du CEA de Grenoble pour aider les chercheurs sur place à trouver des usages concrets pour les nouvelles technologies qu’ils développent.

Pendant ce cursus, j’ai effectué 2 stages, l’un en design produit chez En&IS, studio italien de mobilier, et le second à la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) qui m’a permis de découvrir le secteur public. Je les ai accompagnés, au sein du LINC (Laboratoire d’Innovation Numérique de la CNIL) sur la formalisation de leur méthode pour les rendre plus tangibles et visuelles, ainsi que sur des phases exploratoires plus prospectives pour notamment créer du lien avec les usagers.

Mes études se sont ensuite terminées avec l’écriture de mon projet de diplôme sur l’autisme, sous la direction de Marine Royer, designer et maîtresse de conférences sur des sujets liés au social. Par la suite, j’ai travaillé pour le groupe Idoa, composé de 3 entités : TDR - Tournage et Distribution du Rouergue, MTA La Masion - Menuiserie Traditionnelle Aveyronnaise et Envy Lightning - Fabricant portugais de luminaire en les accompagnant sur des sujets de design global et développement de produits. J’ai aussi travaillé pour Miliboo, marque française de meuble et mobilier où j’ai pu intervenir sur de nombreuses créations de produit.

As-tu un domaine de prédilection, un type de produit sur lequel tu aimes travailler ?

Au niveau de mes domaines de prédilection, j’ai une affinité pour les domaines du mobilier et de la décoration, mais aussi plus globalement pour les projets nécessitant une forte réflexion sur de nouveaux usages et la mise en avant des savoir-faire. Ayant également une appétence pour le côté social, j’aime intervenir sur des projets où l’aspect collaboratif, l’échange sont prépondérants. Pour finir, j’aime aussi travailler sur du graphisme, de l’illustration avec la mise en forme visuelle d’outils par exemple.

Comment te définirais-tu en tant que designer ? Quelles sont tes forces, tes singularités ?

J’aime bien me définir comme une « créatrice de lien » pluridisciplinaire qui essaie toujours d'être force de proposition, aussi bien sur des terrains connus qu’inconnus. Je me trouve même meilleure sur des sujets que je ne connais pas encore, cela permet de les aborder avec un vrai recul et une certaine ouverture d'esprit.

Au fil de mes expériences, j’ai aussi acquis une approche plus systémique du design, en passant d’une vision très centrée utilisateur à un changement d’échelle plus global pour prendre en compte tous les enjeux d’un projet, notamment le volet environnemental.

J’essaye de mener une pratique assez instinctive du design, basée sur la facilitation, l’écoute pour mettre le doigt sur les différents points de friction, soulever les bonnes problématiques et ainsi y répondre le plus justement, avec l’envie d’y apporter du sens, de la poésie.

Selon toi, qu'apporte le designer qui travaille avec d'autres fonctions clés d'une entreprise ?

Je pense que ce qui fait vraiment la différence c’est le "juste milieu" que peut trouver le designer; entre se mettre en retrait pour laisser le projet et ses parties prenantes s’exprimer et sa capacité à s’affirmer dans la création pour y ajouter sa patte, sa touche personnelle en dehors de toute bataille d’ego.

Il y a aussi la faculté à se projeter par empathie avec les utilisateurs finaux, se mettre à leurs places pour comprendre leurs besoins et ce qu’ils attendent réellement, au-delà de l’explicite.

Pour finir, c’est aussi un médiateur entre les différents métiers, les différentes personnes qui peuvent intervenir sur un projet. Chez Idoa par exemple, je travaille aussi bien avec le dirigeant que le directeur commercial, l’ingénieur produit, les directeurs des usines. Telle une éponge, je prends en compte leurs avis, leurs expertises, leurs sensibilités pour en faire une synthèse lorsque nous développons un nouveau produit en mode collaboratif.

Sur quels enjeux futurs le design et les designers pourraient-ils apporter des réponses ?

Je pense que le design peut aider à rendre tangible l’abstrait, au travers de scénarios prospectifs, en le matérialisant sous forme de produit, de représentation visuelle. Le design a aussi ce pouvoir de rassurer, en racontant des histoires, en amenant du sens aux choses. Il permet de faciliter l’innovation, le passage à l’action des gens et des comportements, en promouvant notamment des projets vertueux, en lançant des tendances durables. Pour finir, il a une vraie force systémique avec cette capacité de garder l’humain au centre des réflexions, mais aussi tout le reste, qu’il ne faut pas délaisser et oublier.

Pour finir, sur quel projet rêverais-tu de travailler ?

J’ai toujours rêvé de pouvoir travailler avec Décathlon et des marques du même type, sur des produits à forte valeur d’usage, et pourquoi pas même travailler sur la refonte entière des produits d’une entreprise. Mon autre facette aimerait également pouvoir se plonger dans des projets plus complexes, ancrés dans le design des politiques publics et des territoires.


Focus sur 2 projets de Mylène :

1. "Funambule", la plateforme numérique dédiée à l’autisme

Ce projet de fin d'étude sur l’autisme, peux-tu nous en donner le contexte ?

Le sujet est venu de mon expérience personnelle, mon neveu est autiste et je me suis rendu compte que c’est un sujet très controversé en France alors que l’on compte environ 700 000 personnes atteintes d’un trouble du spectre autistique. La France a donc un vrai retard sur la prise en charge de cette pathologie par rapport à d’autres pays. Les différents acteurs sont divisés, isolés les uns et des autres et ne communiquent pas entre eux.

Funambule, la plateforme numérique sur l'autisme
Funambule, la plateforme numérique sur l'autisme

J’ai ainsi effectué et compilé beaucoup de recherches sur ce sujet en découvrant notamment qu’il existait beaucoup d’initiatives locales qui n’étaient pas connues et qui mériteraient d’être regroupées et centralisées sous la forme d’une grande banque d’information partagée avec le plus grand nombre. Ce constat m’a permis d’en dégager ma problématique qui était :

Comment créer du lien entre personnes autistes, parents, proches, accompagnants & spécialistes ?

Atelier collaboratif autour de l’autisme

Les fiches-outils

Quelle réponse as-tu apportée et comment as-tu procédé ?

Pour recréer ce lien, faire en sorte que les différents acteurs communiquent davantage entre eux, j’ai eu l’idée de créer "Funambule", une plateforme numérique dédiée à l’autisme qui sollicite, encourage et met en lumière les astuces et les initiatives de parents, proches, accompagnants, spécialistes, etc. Funambule s’adresse aussi bien à ceux qui agissent qu’à ceux qui s’interrogent, en tant que boîte à outils d’aide à l’action et à la mise en relation entre tous les acteurs de cet écosystème.

Pour construire cette réponse, j’ai commencé par un état des lieux du contexte sous la forme d’un montage vidéo, pour introduire un historique de l’autisme, mettre en lumière ses différents acteurs, montrer la situation actuelle en France, etc. Puis, à partir de témoignages, de problématiques vécues, d’initiatives à continuer, j’ai créé un certain nombre de cartes-outils et de supports pour la réalisation d’ateliers collaboratifs entre ces différents acteurs qui ne se connaissent pas.

J’ai ensuite réuni des personnes autistes, des parents, des spécialistes, des designers pour les faire travailler ensemble sur ces sujets, qu’ils puissent réfléchir de manière collaborative à des réponses sur les problématiques soulevées et faire émerger plusieurs pistes de projets à développer.

L’ensemble de ces recherches, observations et réflexions m’ont ainsi permis de construire une maquette de la plateforme en pensant aussi bien à son arborescence UX (expérience utilisateur) qu'à son interface numérique. L’idée était donc de pouvoir y visualiser les besoins, les témoignages, les partenaires, les collaborations en cours, les projets émergents, bref toutes les initiatives autour de l’autisme à échelle nationale.

Exemple de supports, pour rendre la démarche accessible et reproductible

Ce qui est vraiment intéressant sur ce projet, c’est qu’au début de mon immersion dans ce sujet, je ne savais pas du tout où j’allais aboutir. C’est réellement en me mettant en retrait, en laissant parler les gens, en les observant, que cette idée de plateforme m’est venue. C’était pour moi la réponse la plus adéquate aux problèmes et points de frictions soulevés. C’est dans un contexte comme celui-ci, que l’on se rend compte que le design permet vraiment de recréer du dialogue entre des acteurs, des métiers, des utilisateurs, qui initialement ne dialoguent pas bien entre-eux. C'est un réel enjeu !

2. "Mino", le e-chevet

Peux-tu nous parler de Mino, du contexte de ce produit et de la réponse apportée ?

C’est un produit, commercialisé actuellement, que j’ai réalisé avec l’entreprise TDR du groupe Idoa. Historiquement, TDR spécialisé en tournage sur bois faisait des pieds de lit, mais depuis que le PDG Eric Chabellard a repris l'entreprise en 2015, il tend à diversifier les gammes pour proposer de nouveaux produits innovants.

Quand je suis arrivée, le concept du produit avait déjà été défini avec un autre designer et je suis intervenue sur les réflexions d’usage ainsi que sur l’esthétique finale du produit.

Mino est donc une table de chevet originale directement fixée au pied de lit. L’idée était de combiner différents usages au sein d’un même produit pour que ce soit le plus pratique et fonctionnel possible. L’utilisateur peut ainsi recharger son portable en le déposant juste sur la tablette grâce à un chargeur par induction, il peut également très simplement régler l’intensité lumineuse de la liseuse, ainsi que recharger un deuxième appareil en utilisant le port USB intégré.

Dans une volonté de gamme, Mino a aussi été décliné comme une table de nuit classique, ainsi que dans une version plus low-tech tout en conservant les mêmes fonctionnalités qui permettent d’éviter les câbles qui se baladent et les multiprises à côté du lit.

Pour concevoir un produit comme celui-ci, il y a vraiment un enjeu de synthèse et de complémentarité à faire entre les possibilités économiques et techniques de l’entreprise, les compétences qu’il y a en interne et ce qui peut être réalisé auprès de partenaires extérieurs.

C’est aussi mon rôle de proposer de nouvelles idées pour innover, diversifier les gammes de produits tout en gardant en tête les contraintes et possibilités de l’entreprise.

Mino, la table de chevet revisitée

La recharge en action
Mylène Podvin
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